DÉPLACEMENT(S)
Spectacle documentaire (en recherche)
Septembre 2024 - RÉSIDENCE à la MAISON DES CULTURES SOBO BADE - GERARD CHENET (TOUBAB DIALAW) (Sénégal)
Genèse
Au départ, il y a une rencontre en 2019, à Tanger, entre Isabelle Jonniaux et Amadou Thiam, un jeune sénégalais désireux de rejoindre l’Europe. Iels se prennent d’amitié et poursuivent une correspondance durant plusieurs années. Après quelques essais de traversée et plusieurs retours au pays, en février 2021, le jeune homme tente une énième entrée en Europe, cette fois par le biais de la Biélorussie. Ignorant les enjeux géopolitiques cachés, il est enfermé dans un camp. Il reste en contact permanent avec Isabelle qui, à distance, collabore à son rapatriement, ainsi que celui de 6 autres sénégalais. Pour l’autrice, la traversée intime de ce vécu, leurs retrouvailles au Sénégal en septembre 2024, la confrontation culturelle et géographique, et les nombreuses traces numériques (échanges WhatsApp, photos, enregistrements vocaux..) constituent les matériaux et le point d’entrée pour interroger l’engagement individuel et intime, depuis l’Europe, dans les questions migratoires.
Note d’intention
« On s'est rencontré au bord de la mer à Tanger, il y a 7 ans.
Moi je m'y baignais, Amadou voulait la traverser. Depuis, on n'a pas cessé de converser.
Je l'ai aidé à sortir de sacrés bourbiers. Lui m'a aidé à comprendre les bourbiers.
Surtout un, en Biélorussie, dans lequel il s'est trouvé embourbé.
On s'est promis d'écrire cette histoire ; notre rencontre et tout ce qu'elle a déplacé.
Lui rêve d'un film mais je n'ai qu'une petite caméra que je maitrise très mal !
Moi je voudrais écrire un spectacle mais il ne pourra sans doute pas y venir.
On en est là, à se raconter ce qui nous rassemble et nous sépare, tout ce que nous possédons de savoirs, de biens, de valeurs, de privilèges que l'autre n'a pas.
Et puis il y a Loïc, le créateur sonore que j’ai embarqué avec moi au Sénégal,
témoin de nos émouvants échanges qui le contaminent et le déplacent lui aussi.
Et puis il y a Momar, le coordinateur de l'espace culturel Gérard Chenet,
qui déplace des montagnes pour nous présenter des amis à lui,
dans ce village de pêcheurs où nous nous trouvons, à Toubab Dialow,
dont les pirogues se lancent, la nuit, à la conquête des eaux internationales.
Ils sont parfois 200 à prendre ici la mer sur une même petite embarcation de pêche,
dans le plus grand secret de leur famille, faisant nombre de parents et enfants endeuillés.
Ce sont ces rencontres qui sont en train de s'écrire.
Je ne sais pas où ça se déposera, ni quand, ni sur quel support. Mais on s'est fait une promesse Amadou et moi.
On n'attend plus rien des grandes puissances.
Au moins celle-là, cette puissance de raconter, elle nous appartient et on veut y croire. »
Extrait du carnet de bord de la résidence à Toubab Dialow, septembre 2024
Un projet en recherche
Le projet est dans sa phase de recherche et d’écriture. Il a fait l’objet d’une première résidence à la Maison des Cultures Sobo Badé – Gérard Chenet (Toubab Dialaw, Sénégal) en septembre 2024 (soutenu par Wallonie-Bruxelles International). L’objectif était d’organiser nos retrouvailles avec Amadou Thiam. De se raconter l’histoire qui nous relie, de prendre le temps de la retracer, de comprendre cette migration, ce désir insatiable pour Amadou et les jeunes sénégalais de rejoindre l’Europe, quoi qu’ils endurent. Rencontrer d’autres personnes, acteurs ou victimes de la migration clandestine. Sillonner les plages, les villages. Récolter des témoignages, prendre des sons, des images... Il s’agissait donc d’une récolte documentaire sur place, dans le but de constituer les matières premières du projet. Entrer également en relation avec des associations et opérateurs culturels. Voir comment le sujet de la migration est traité, abordé, diffusé au Sénégal, sous quelle forme (artistiques, médias, réseaux sociaux etc)
Et puis, au fur et à mesure de cette résidence, les sujets se sont déplacés (tiens, eux aussi ?!). Bien sûr les questions politiques s’invitaient tous les jours à notre table. Mais au fil de nos échanges avec Amadou, nous touchions à autre chose, quelque chose de l’ordre de l’intime, du récit de migration bien sûr, mais aussi de la tentative de « faire histoire », de « faire rencontre » à travers l’art, entre Amadou et moi, là où la rencontre géographique est empêchée.
A ce stade, difficile de présumer la forme que le projet prendra. Nous avons les matériaux : échanges WhatsApp, enregistrements sonores, extraits vidéos, interview, carnets de bords, réflexions...
Amadou a le désir de faire un film pour toucher le public sénégalais.
Le désir pour ma part de faire spectacle et aussi d’interpeller les publics européens. Je souhaite m’inspirer des travaux menés par Ana Vujanović et Bojana Cvejić sur les chorégraphies sociales ; explorer un dispositif participatif invitant le public à se déplacer dans un espace limité, en réponse à des questions personnelles. Ces mouvements de groupe visent à créer des possibles résonances avec des schémas migratoires, ou du moins, à rapprocher la question migratoire d’un ressenti corporel, intime et collectif.
Le désir également d’accompagner la forme scénique d’un projet d’écriture radiophonique, relatant notre rencontre avec Amadou Thiam, le récit de sa migration en Biélorussie, et de ses autres tentatives. Ce podcast, mélangeant narration et extraits réels de conversation, permettra de partager l’expérience traversée depuis les deux points de vue, africain et européen.
Equipe en cours :
Conception et écriture : Isabelle Jonniaux
Collaboration à la dramaturgie : Raissa Alingabo Yowali M’bilo
Création sonore : Loïc Le Foll
